L’art est sorti du monde

Tout ce qui s’est passé dans le monde pendant les dernières décennies semble ne pas avoir touché l’univers de l’Art officiel : celui des grands espaces, des grandes expositions, des grands critiques, curateurs, directeurs de musée…

Cet art désormais réduit à une simple fonction de son propre marché, auquel on ne demande plus de contenu mais seulement la recherche de nouveauté, pour mieux servir la nécessité de dépasser les tendances antérieures qu’exige son marché, cet art a été privé de la tension psychique et de la densité mentale, fondamentales, afin d’être considéré comme de l’art ?

Nous assistons impuissants au déclin de la culture dans notre société, l’artiste doit disparaître derrière son œuvre comme l’homme du commun derrière l’histoire ? La force et l’intelligence de l’œuvre d’art est sa capacité à rendre témoignage du monde duquel elle est issue. Mais si ce témoignage est tiré d’un art désenchanté, académique, cynique, et sans prise de risques, comme l’art contemporain officiel, peut-être que nous devons nous demander comment est ce monde qu’il représente ?

Dans une situation historique, politique, éthique, culturelle, anthropologique, aussi critique que celle dans laquelle nous sommes plongés, quelles possibilités expressives sont-elles offertes aux artistes ? Et à ces artistes qui décident de ne pas adhérer passivement et docilement à la dynamique du marché de l’art spéculatif, à la logique du système de la mode et à son exaspérante banalité ?

Peut-être que nous avons deux options. D’un côté, s’abandonner à la contemplation, à la recherche d’une nouvelle intériorité à la beauté et à la spiritualité, en faisant de la poésie, mais pour cela elle doit être élevée, achevée et toucher au sublime. Ou alors redécouvrir l’engagement, retrousser ses manches, descendre dans le social et raconter le mal de notre temps, ouvrir le débat sur l’histoire que nous traversons, et sur l’art et sur notre temps.

« Les Nouveaux Mythes » est une exposition basée sur une idéologie évidente. Le fil rouge qui en marque le déploiement ne fait aucun effort pour se cacher, il devient une prise de position déclarée. Cela peut indigner les prédicateurs promoteurs de l’idéologie de cet art contemporain, construit avant et ensuite enseigné. Illustration de thèses philosophiques liées au néant, où le sens a été interdit.

« Les Nouveaux Mythes » nous interroge sur l’idolâtrie de l’art officiel, soutenue sans réserve et, comme une religion, sacralisé. Cet art qui même quand il semble avoir une attitude critique à l’égard de la société, reste fondamentalement consensuel.

Dans « Les Nouveaux Mythes », les œuvres se parlent tellement qu’elles deviennent une seule et unique œuvre. Cette scène nous aspire dans un parcours vertigineux, où graduellement se révèlent les thèmes proposés par les différentes personnalités et les différents langages des artistes qui, sans fausse pudeur, nous montrent le monde dans lequel nous vivons, et nous placent devant ses contradictions.

Chaque œuvre nous interroge, nous demande un effort intellectuel, nous renvoies à notre vécu, à nos modes de pensée, à nos croyances. C’est comme se retrouver dans un grand gymnase où l’on rend l’esprit plus agile, comme le sport agit sur le corps.

Enrico Carlo Maria DELLA MARA
Historien de l’Art – Anthropologue italien